Un peu de technologie

Réparer, c’est aussi improviser…

Cet article a pour but de démonter que, rien n'est totalement impossible

Un cas exceptionnel

Nikkor 105mm f/1.8 AIs... Massacre et sauvetage !

Partie 1

On m’a confié cette optique pour un problème de bague de mise au point bloquée à mi-distance et des champignons.

Ces problèmes sont fréquents pour le matériel non utilisé depuis longtemps et/ou mal stocké.

Dans le principe, ce sont des interventions relativement simples et habituelles. Au grand désespoir de l’équipe médicale, le cas était beaucoup plus grave…

Cette optique avait un petit choc visible sur le pare-soleil, mais rien d’inquiétant.

Sachant comment est construite cette optique, j’ai commencé par retirer la bague en caoutchouc.

Derrière, il y a un scotch qui maintient la bague des distances, celle de la mise au point et celle d’identification.
Ce scotch n’était plus d’origine… Ce n’est pas bon signe !!!
Le retrait de la bague avant porte filtre n’a pas été simple, elle est venue avec l’ensemble du pare-soleil, conséquence du choc.
Le bloc optique, la monture arrière, la bague de diaph et son guide, la bague de finition arrière et la chromée ont été retirés.
À la première tentative de rotation des bagues, l’hélicoïdale avant (celle qui supporte le groupe optique) s’est désolidarisée du fût.
La réalité est que cette optique avait été démontée (aucune vis serrée) sans retirer les deux guides linéaires, ce qui représente une impossibilité de remontage, il était donc incomplet.
Mais ce n’est pas tout…
Retrait des deux guides linéaires, tout est totalement bloqué. ?
En fait, cette optique avait reçu un choc violent et l’ensemble était ovalisé.
En force, j’ai retiré la bague de mise au point du fût, tout bien dégraissé et mesuré les diamètres des bagues au pied à coulisse.
Quelque 1/10 de millimètres de différences…
A la main, j’ai tenté progressivement de redresser, mais les bagues étaient toujours en rotation forcée avec des points durs.
Quelques contacts pros d’un groupe anglo-saxon sur lequel j’ai exposé ces problèmes m’ont conseillés d’utiliser de la pâte à polir et de roder calmement les rampes les hélicoïdales pour rattraper les voiles.
J’avais à disposition une pâte médiocre, qui mélangée avec de l’huile a été très utile.
Un dimanche complet à visser, dévisser, nettoyer, tester, revisser et ré-dévisser, encore et encore, à tel point que ça frise la tendinite des poignets ! ?. C’est vraiment un travail désagréables et salissant.
Au bout de quelques heures, il y a eu une nette amélioration, les bagues dégrossies sont encore loin du parfait.
Pour peaufiner, j’ai commandé des pâtes (pour rôder les soupapes) qui sont en deux densités.
Le démontage de ces rampes n’ayant pas pu être fait logiquement, je n’avais aucun repère de positionnement. petit à petit avec de nombreuses tentatives, j’ai retrouvé les bonnes positions et fait les repères de séparations indispensables.
Mais le pire était à venir…
Le diaph présentait un dysfonctionnement, une des lamelles n’était pas en place et lors du mouvement, cette lamelle forçait sur les autres en les soulevant au risque de les tordre.
Le bloc diaph avait été démonté (vernis cassé sur les vis) et la pièce rotative qui guide les lamelles, bricolée « à la brutal » ?
Ce bricolage avait élargi un des guides et la lamelle ne pouvait plus se positionner plus normalement…
Autant les rampes peuvent êtres améliorés, le diaph nécessite le changement de la pièce, certainement introuvable.

Partie 2

Rodage et obstination sont les mamelles de cette réparation…

Les pâtes à roder les soupapes sont arrivées,  » action ! « 

Deux types de grains, j’ai utilisé le plus fin.
Rodage, nettoyage, polissage, remontage de test, cela plusieurs fois.
Graissage et remontage partiel.

Partiel, car le bloc diaph a été retiré en attente d’une solution, et aucune vis n’a été serrée à fond ni sécurisée au vernis.
Remontage du bloc optique et test, ça fonctionne…

En toute sincérité, le défi est bien sur passionnant !
Mais si l’on compte le temps passé, les produits utilisés, l’impossibilité actuelle d’avoir un diaph fonctionnel et j’en passe, en comparaison du prix d’une belle occasion, l’enjeu en vaut-il le Nikkor.

Toutefois, si je trouve une pièce pour le diaph,  ce qui semble bien improbable, j’irai au bout du bout !

Partie 3

Le diaph, «  mission impossible ?  » Pas sur !

Je suis toujours très amer lorsqu’un Nikkor semble totalement irréparable par manque de pièces.
Pourquoi pas une réparation  » qui ne tente rien… « 

J’ai réalisé une prise d’empreinte avec de la résine silicone bi-composants des emplacements en bons états.

Par pression, cette résine dépasse un peu ces emplacements en épaisseur, ce qui laissera un espace disponible pour le mouvement du pin de la lamelle.

Un peu d’ajustement au cutter sur cette empreinte pour que la pièce à réparer prenne place correctement.

La partie dégradée a été agrandie pour que la réparation soit plus résistante.
De la résine à durcissement lent a été utilisée dans les emplacements de la restauration uniquement sur le côté supérieur, car le côté inférieur, en contact sur le fût et les lamelles, ne peut pas avoir de surépaisseur.

Ponçage et polissage comme finition avant de faire un premier test…

Ça fonctionne, mais demande encore quelques ajustements.

Bien sûr, à l’état brut, ce n’est pas très élégant , une couche de peinture noir mat en aérosol Rewell est un cache-misère.

La résistance à l’usage reste à prouver, mais cette pièce supporte peu de contrainte mécanique, si ce n’est sa rotation, ça rassure !

Enfin, en prenant en compte le mouvement du pin de la lamelle dans la résine et afin d’adoucir l’éventuel frottement, j’ai ajouté un peu de lubrifiant à sec à base de poudre de graphite.

Vous pouvez visionner des tutos détaillés sur la chaine YouTube

Je décline toute responsabilité si vous abîmez vos jouets !!!

Il y a aussi des professionnels pour faire ce travail  😉